Les canaux externes de signalement inspirent-ils davantage confiance aux employés ?

La confiance est la clé de voûte du lancement d'alerte.

Un salarié qui est témoin d'une fraude, d'un harcèlement ou d'une infraction réglementaire ne le signalera que s'il estime que sa préoccupation sera prise au sérieux, traitée en toute confidentialité et qu'elle donnera lieu à des mesures sans qu'il n'en subisse de conséquences personnelles. En l'absence de cette confiance, la préoccupation n'est pas signalée – ou est portée à la connaissance d'une autorité de régulation externe, des médias ou d'un avocat, ce qui représente un risque bien plus important pour l'organisation.

De plus en plus d'études suggèrent que la structure du canal de signalement – et plus précisément le fait qu'il soit géré en interne ou par un prestataire externe indépendant – a une incidence mesurable sur la confiance que les employés accordent au processus, au point de l'utiliser. Ce document examine ce que les données disponibles nous apprennent sur la confiance, la conception du canal et les comportements en matière de signalement.

Les données relatives à la confiance au sein de l'entreprise

L'enquête Freshfields 2023 sur le lancement d'alerte, menée aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et à Hong Kong, a révélé une baisse notable de la proportion de salariés susceptibles de signaler leurs préoccupations à leur supérieur hiérarchique direct : 40 % en 2023, contre 46 % en 2020. Dans le même temps, le recours global à la dénonciation a considérablement augmenté, passant de 32 % en 2020 à 43 % en 2023, les États-Unis enregistrant la hausse la plus marquée.

Cette divergence est significative. Les employés ne sont pas moins enclins à faire part de leurs préoccupations ; ils se montrent simplement plus sélectifs quant à la manière de le faire et aux personnes à qui s’adresser. La baisse du nombre de signalements auprès des supérieurs hiérarchiques suggère que les employés doutent de plus en plus de la capacité des canaux internes mis en place par la direction à traiter leurs préoccupations de manière impartiale, en particulier lorsque celles-ci concernent un membre de leur ligne hiérarchique directe ou un haut responsable au sein de l’organisation.

Les données fournies par Protect, la principale association caritative britannique dédiée à la protection des lanceurs d’alerte, confirment cette tendance. Dans son rapport d’impact 2025, Protect indique avoir traité 3 589 cas, soit une augmentation de 8 % par rapport à l’année précédente. Une grande majorité des personnes ayant contacté la ligne d’assistance de Protect avaient déjà fait part de leurs préoccupations à leur employeur avant de solliciter une aide extérieure, ce qui suggère que la procédure interne n’avait pas permis de résoudre leur problème ou ne leur avait pas donné l’assurance que celui-ci serait pris au sérieux. Protect a relevé comme un signe encourageant que la proportion d’appelants dont les préoccupations faisaient l’objet d’une enquête interne avait augmenté d’environ 10 %, mais la tendance générale reste celle de salariés qui recherchent une validation externe lorsqu’ils manquent de confiance dans les procédures internes.

Pourquoi les canaux externes renforcent-ils la confiance ?

Les avantages structurels d'un canal de signalement géré en externe correspondent directement aux obstacles à la confiance mis en évidence par les études. Trois facteurs sont particulièrement pertinents.

Indépendance vis-à-vis des hiérarchies internes

Lorsqu’un signalement est reçu par un prestataire externe, la personne qui le dépose n’a pas à se demander si la personne chargée de traiter son signalement entretient une relation avec la personne mise en cause, a un intérêt dans l’issue de l’affaire ou a des raisons de minimiser la gravité du problème. Cette indépendance structurelle élimine un conflit d’intérêts que les voies internes – aussi bien intentionnées soient-elles – ne peuvent pas éliminer totalement. Pour les signalements impliquant la haute direction, cette indépendance n’est pas seulement rassurante ; elle est essentielle à la crédibilité de la procédure.

Professionnalisme et confidentialité

Les prestataires externes emploient généralement du personnel dédié et formé professionnellement, dont la seule fonction est de recevoir et de traiter les signalements. Cela contraste avec les canaux internes, où le destinataire peut être un généraliste des ressources humaines, un responsable de la conformité assumant de multiples responsabilités, ou un supérieur hiérarchique n’ayant reçu aucune formation spécifique à la gestion des divulgations sensibles. La perception – et la réalité – selon laquelle le signalement sera traité par une personne disposant de l’expertise nécessaire et n’ayant aucun conflit de loyauté renforce la confiance du lanceur d’alerte dans le processus.

Le rapport de référence 2024 de Safecall sur le lancement d’alerte apporte des preuves quantitatives de cet effet. Les données ont montré que 22,7 % de lanceurs d’alerte supplémentaires choisissaient de s’identifier lorsqu’ils s’adressaient à un opérateur de Safecall plutôt que lorsqu’ils utilisaient des canaux de signalement écrits. Il s’agit là d’un indicateur significatif de confiance : un lanceur d’alerte qui donne son nom démontre qu’il est convaincu que son identité sera protégée et que la procédure sera traitée de manière équitable. L’expertise des opérateurs téléphoniques – dans le cas de Safecall, d’anciens policiers britanniques possédant chacun plus de 25 ans d’expérience dans le domaine des enquêtes – semble être un facteur déterminant dans l’instauration de cette confiance.

Cohérence du processus

Un prestataire externe applique le même processus de prise en charge, le même cadre de classification et les mêmes protocoles de confidentialité à chaque signalement, quels que soient le niveau hiérarchique de la personne mise en cause ou le caractère sensible du sujet. Les canaux internes sont davantage exposés au risque d’incohérence : un signalement concernant un employé subalterne peut être traité différemment de celui concernant un membre du conseil d’administration, que ce soit de manière délibérée ou en raison d’un biais institutionnel inconscient. Cette cohérence ne constitue pas seulement un avantage opérationnel ; c’est un gage de confiance que les employés reconnaissent et auquel ils sont sensibles.

Ce que les tendances en matière de signalements anonymes révèlent sur la confiance

La relation entre l'anonymat et la confiance est plus nuancée qu'il n'y paraît à première vue. Des taux élevés de signalements anonymes sont souvent interprétés comme un signe de faible confiance : les employés estiment avoir besoin de la protection offerte par l'anonymat, car ils ne font pas confiance au système pour les protéger s'ils venaient à être identifiés. Mais le fait même de pouvoir rester anonyme instaure une forme de confiance : cela montre aux employés que l'organisation privilégie la dénonciation des irrégularités plutôt que l'identification de la personne qui les signale.

Le rapport 2024 de l’ACFE intitulé « Report to the Nations » a révélé que les organisations dotées de mécanismes de signalement anonymes subissaient des pertes liées à la fraude inférieures de 50 % à celles des organisations qui n’en disposaient pas. Il ne s’agit pas simplement d’un effet de volume – un plus grand nombre de signalements conduisant à une détection plus précoce –, mais d’une indication que les canaux anonymes permettent d’atteindre des signalants qui, sans cela, resteraient totalement silencieux. La possibilité de rester anonyme constitue, en effet, un mécanisme de confiance qui élargit le cercle des personnes disposées à participer au programme.

Il est important de noter que l’anonymat ne doit pas nécessairement être permanent. Les études montrent systématiquement qu’une proportion significative de lanceurs d’alerte qui choisissent initialement l’anonymat finissent par se dévoiler lorsqu’ils constatent que leurs préoccupations sont prises au sérieux. Protect a observé cette tendance, et les données de Safecall la confirment : la confiance instaurée grâce à un traitement professionnel du signalement initial crée les conditions permettant au lanceur d’alerte de s’impliquer plus ouvertement à mesure que le processus avance.

Conséquences pour la conception des programmes

Les résultats de la recherche permettent de tirer plusieurs conclusions concernant la relation entre la conception des canaux de communication et la confiance :

  • Le recours à des canaux de signalement externes permet de surmonter les obstacles structurels à la confiance – conflits d'intérêts, manque de cohérence, manque de professionnalisme – que les systèmes internes peinent à surmonter.
  • La diminution du nombre de signalements auprès des supérieurs hiérarchiques ne traduit pas une baisse de la volonté de s'exprimer ; elle reflète plutôt une évolution des préférences en matière de canaux de communication, au profit d'options plus indépendantes et plus professionnelles.
  • Les signalements anonymes ne doivent pas être considérés comme une faiblesse, mais comme un mécanisme permettant de renforcer la confiance, d’élargir la participation et de détecter plus rapidement les fautes graves.
  • La qualité de la personne chargée de recevoir le signalement – sa formation, son indépendance et son professionnalisme – influe directement sur la confiance que les auteurs de signalement accordent au processus, au point de les inciter à se faire connaître.

Pour les responsables de la conformité chargés de mettre en place ou de réviser un programme d’alerte, ces conclusions plaident fortement en faveur d’une approche multicanal s’appuyant sur un prestataire externe indépendant. La technologie a certes son importance, mais la confiance repose en fin de compte sur l’indépendance structurelle, la crédibilité professionnelle et la confidentialité rigoureuse du service qui la sous-tend.

Ressources connexes

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Sources et lectures complémentaires

  • Freshfields Bruckhaus Deringer, Enquête 2023 sur le lancement d'alerte – étude menée dans cinq juridictions sur les préférences en matière de signalement et la confiance accordée aux supérieurs hiérarchiques – blog.freshfields.us
  • Protect (association caritative britannique de défense des lanceurs d'alerte), Rapport d'impact 2025 – 3 589 cas, tendances en matière de signalement interne, indicateurs de confiance – protect-advice.org.uk
  • Safecall, Rapport de référence 2024 sur la dénonciation – taux d'identification des dénonciateurs, canaux préférés – safecall.co.uk
  • Association of Certified Fraud Examiners (ACFE), « Occupational Fraud 2024 : A Report to the Nations » – signalement anonyme et impact des pertes liées à la fraude – acfe.com
  • Université de Greenwich et Public Concern at Work, « Whistleblowing : The Inside Story » – étude sur les expériences des lanceurs d'alerte et leurs conséquences