En matière de dénonciation, la transparence et la confidentialité peuvent sembler aller à contre-courant l'une de l'autre. Les salariés veulent avoir l'assurance que leurs préoccupations sont prises au sérieux et que le dispositif est opérationnel, ce qui nécessite un certain degré d'ouverture.
Dans le même temps, les personnes qui font part de leurs préoccupations doivent avoir l'assurance que leur identité et les détails de leur signalement seront protégés, ce qui exige une confidentialité stricte. Gérer ces deux aspects de manière simultanée constitue l'un des défis de gouvernance les plus complexes dans la mise en œuvre d'un programme de signalement efficace.
La tension est bien réelle, mais elle peut être résolue. Les organisations qui la gèrent efficacement comprennent que la transparence et la confidentialité s’appliquent à des niveaux différents : la transparence au niveau du programme, la confidentialité au niveau de chaque dossier. Confondre les deux – ou sacrifier complètement l’une au profit de l’autre – compromet à la fois l’intégrité du programme et la confiance de ceux à qui il est destiné.
Que signifie la transparence dans le contexte de la dénonciation ?
La transparence en matière de signalement ne signifie pas divulguer le contenu des signalements individuels. Elle consiste à faire preuve d'ouverture envers les salariés, les parties prenantes et, le cas échéant, les autorités de régulation quant au fonctionnement du programme, aux mesures de protection mises en place et aux résultats obtenus par le programme dans son ensemble.
Une transparence efficace au niveau des programmes comprend généralement :
- Publier une politique claire en matière de signalement qui précise ce qui peut être signalé, par quels canaux, et quelle suite est donnée à ces signalements
- Informer l'ensemble des salariés, y compris ceux occupant des postes à distance, en première ligne ou à l'international, de l'existence et de l'accessibilité des canaux de signalement
- Communication des données agrégées (nombre de signalements reçus, catégories, suites données) dans les rapports annuels, les déclarations éthiques ou les communications destinées au personnel
- Expliquer comment le programme est géré et comment son intégrité est préservée
Ce niveau de transparence répond à un double objectif. Il montre aux salariés que le programme est bien en place et que leur organisation prend les cas de manquement très au sérieux. Il garantit également aux conseils d'administration, aux comités d'audit et aux parties prenantes externes que les mécanismes de contrôle fonctionnent comme prévu.
Que signifie la confidentialité dans le cadre d'une dénonciation ?
La confidentialité au niveau du dossier est le pendant de la transparence au niveau du programme. Cela signifie que l'identité de la personne ayant signalé le problème, les détails précis de sa plainte et l'identité des personnes mises en cause font l'objet de contrôles d'accès stricts tout au long du traitement du dossier.
Il ne s’agit pas simplement de protéger le lanceur d’alerte – bien que ce soit là l’obligation première. Cela permet également de préserver l’intégrité de toute enquête qui s’ensuit, de garantir que les personnes mises en cause ne subissent pas de conséquences informelles avant qu’une conclusion ne soit tirée, et de préserver la position juridique de l’organisation. En vertu du droit du travail britannique, notamment de la loi de 1994 sur la divulgation d’informations d’intérêt public (Public Interest Disclosure Act 1994) et de la loi de 2025 sur les droits du travail (Employment Rights Act 2025), les salariés qui effectuent des divulgations éligibles ont droit à une protection contre tout préjudice. Le respect de la confidentialité au niveau de chaque dossier fait partie intégrante de la manière dont les organisations s’acquittent de cette obligation.
Parmi les mesures pratiques de confidentialité, on peut citer : la limitation de l'accès aux informations relatives à un dossier aux seules personnes directement impliquées dans son traitement ; l'utilisation de systèmes permettant de dissocier l'identité de l'auteur du signalement du contenu de celui-ci ; la documentation des motifs justifiant chaque décision d'accès ; et la garantie que les personnes impliquées dans le traitement du dossier ne soient pas en mesure de partager ces informations avec des collègues susceptibles d'avoir un intérêt dans l'issue de celui-ci.
D'où vient la tension ?
Le conflit entre transparence et confidentialité se pose généralement dans trois situations.
Le premier cas de figure se présente lorsque des salariés demandent ce qu’il est advenu d’un problème qu’ils ont signalé. Ils souhaitent savoir si leur signalement a eu un impact ; l’organisation doit quant à elle préserver la confidentialité du dossier. La réponse est généralement formulée en termes généraux plutôt que spécifiques : elle confirme que le problème a été examiné et traité, sans révéler les mesures prises ni les personnes impliquées.
Le deuxième cas de figure se présente lorsque les rapports agrégés permettent, par inadvertance, d’identifier des personnes. Indiquer qu’une catégorie spécifique de préoccupation a été soulevée par un employé au sein d’une équipe de quatre personnes ne constitue pas un agrégat significatif. Les organisations doivent procéder à une agrégation suffisante – sur différentes périodes, entre différentes entités opérationnelles ou selon différents types de préoccupations – afin de garantir qu’aucune personne ne puisse être identifiée à partir des données publiées.
Le troisième cas de figure concerne les situations où un problème grave nécessite une divulgation réglementaire. Dans certains cadres législatifs – notamment la directive européenne sur le lancement d’alerte et les obligations sectorielles spécifiques aux services financiers –, les organisations peuvent être tenues de signaler leurs préoccupations à des autorités externes. L’enquête Freshfields sur le lancement d’alerte de 2023 a identifié les obligations de signalement réglementaire comme un domaine où la complexité en matière de conformité ne cesse de croître. Ces obligations ne prévalent pas sur les mesures de protection de la confidentialité des lanceurs d’alerte, mais elles nécessitent une gestion prudente.
Comment la norme ISO 37002 définit l'équilibre
La norme ISO 37002:2021, norme internationale relative aux systèmes de gestion des alertes, offre un cadre utile pour réfléchir à cet équilibre. Elle établit les principes d’impartialité, de protection et de confidentialité comme fondements d’un programme digne de confiance, tout en exigeant des organisations qu’elles fassent preuve de gouvernance et de responsabilité – ce qui implique un certain niveau de transparence au niveau du programme.
Les organisations conformes à la norme ISO 37002 appliquent en réalité déjà cette distinction : transparence de la gouvernance au niveau des programmes, confidentialité stricte au niveau des dossiers. La norme ne résout pas toutes les tensions, mais elle fournit un cadre fondé sur des principes pour les décisions à prendre.
Le rôle des prestataires indépendants
Un canal de signalement géré en externe facilite considérablement la gestion de l'équilibre entre transparence et confidentialité. Lorsque le traitement des signalements est confié à un tiers indépendant, l'organisation reçoit des informations agrégées et anonymisées sur la nature des signalements et la manière dont les cas ont été traités, sans avoir directement accès aux détails propres à chaque cas qui pourraient compromettre la confidentialité. Cette séparation structurelle est intégrée au modèle opérationnel.
Depuis 1999, Safecall gère des programmes indépendants de signalement pour des organisations au Royaume-Uni et à l’international, favorisant une transparence au niveau du programme qui renforce la confiance des parties prenantes tout en préservant la confidentialité au niveau de chaque dossier afin de protéger les lanceurs d’alerte. Tous les opérateurs sont d’anciens policiers britanniques possédant au moins 25 ans d’expérience en matière d’auditions – soit plus de 800 ans d’expertise cumulée –, ce qui leur permet d’adopter l’approche rigoureuse et professionnelle qu’exigent les dossiers sensibles. Les appels ne sont jamais enregistrés, ce qui élimine d’emblée l’un des risques les plus importants en matière de confidentialité.
Ressources connexes
Sécurité et anonymat dans le cadre du lancement d'alerte – safecall.co.uk/resources/whistleblowing-security-anonymity/
Normes ISO 37002 relatives à la dénonciation – safecall.co.uk/resources/iso-37002-whistleblowing-standards/
Comment les organisations peuvent-elles garantir la transparence des canaux de signalement ? – safecall.co.uk/resources/how-can-organisations-ensure-transparency-in-reporting-channels/
Lanceurs d'alerte, protection des données et RGPD – safecall.co.uk/resources/whistleblowing-data-privacy-gdpr/
Contactez Safecall
Safecall propose des services indépendants et confidentiels d'alerte professionnelle aux organisations au Royaume-Uni et à l'international. Si vous évaluez actuellement la manière dont votre programme concilie transparence et protection des lanceurs d'alerte, nous pouvons vous aider à analyser votre approche actuelle et à identifier les domaines dans lesquels le recours à un prestataire indépendant apporte une valeur ajoutée.
Contactez-nous : safecall.co.uk/en/contact-us/ | +44 (0) 191 516 7720
Sources et lectures complémentaires
Enquête Freshfields 2023 sur la dénonciation – Freshfields Bruckhaus Deringer
ISO 37002:2021 Systèmes de gestion des signalements – iso.org
Loi de 1994 sur la divulgation d'informations d'intérêt public – legislation.gov.uk
Loi de 2025 sur les droits du travail – legislation.gov.uk
Directive de l'UE relative à la protection des lanceurs d'alerte (2019/1937) – eur-lex.europa.eu