Comment les fournisseurs peuvent-ils signaler anonymement des comportements contraires à l'éthique ?

La plupart des programmes de signalement sont conçus en pensant aux salariés. Les politiques, les canaux de signalement, les formations : ils s'adressent généralement au personnel interne, et non aux fournisseurs.

Pourtant, certains des risques de comportement les plus importants au sein d’une organisation ne relèvent pas de la relation de travail : ils se situent dans la chaîne d’approvisionnement, chez les sous-traitants et chez les partenaires tiers qui travaillent suffisamment étroitement avec l’entreprise pour être témoins d’un comportement répréhensible, mais qui ne disposent d’aucun canal officiel pour le signaler.

Étendre l'accès au signalement anonyme aux fournisseurs ne relève pas simplement des bonnes pratiques. Dans un contexte réglementaire qui tient de plus en plus les organisations pour responsables de ce qui se passe tout au long de leurs chaînes d'approvisionnement, cela devient une exigence en matière de gouvernance – et, dans certains secteurs, une obligation légale.

Pourquoi les fournisseurs constituent un groupe cible essentiel pour l'établissement des rapports

Les fournisseurs occupent une position particulière. Ils sont suffisamment proches des activités d’une organisation pour être témoins de cas de corruption, de fraude dans les marchés publics, d’esclavage moderne, de manquements en matière de santé et de sécurité et d’autres formes de comportements répréhensibles – mais ils ne sont pas liés par la relation de travail qui constitue le fondement principal de la protection des lanceurs d’alerte en droit britannique.

Il en résulte une lacune structurelle. Un fournisseur qui constate qu’un employé de l’acheteur sollicite un paiement indu ne dispose d’aucun canal interne à utiliser, d’aucun supérieur hiérarchique à qui s’adresser et, dans de nombreux cas, ne sait pas clairement s’il bénéficie d’une quelconque protection s’il signale le problème à l’extérieur. Il en résulte que des comportements répréhensibles qui auraient pu être détectés ne sont pas signalés – non pas parce que le fournisseur choisit de les ignorer, mais parce qu’il n’existe aucun moyen accessible et sûr de le faire.

Le rapport « Report to the Nations » 2024 de l’ACFE a révélé que 43 % des fraudes sont détectées grâce à des signalements, dont 52 % proviennent de salariés. Le reste – provenant de clients, de fournisseurs et de sources anonymes – constitue une ressource de détection importante que la plupart des organisations n’ont pas encore optimisée. Les fournisseurs représentent une part significative de ce vivier inexploité.

Le contexte réglementaire

Plusieurs évolutions législatives et réglementaires ont fait de la conformité des pratiques au sein de la chaîne d'approvisionnement une priorité encore plus urgente.

La loi de 2023 sur la criminalité économique et la transparence des entreprises a instauré une infraction pour défaut de prévention de la fraude, qui entrera en vigueur en septembre 2025, en vertu de laquelle les grandes organisations peuvent être tenues pour responsables des fraudes commises par des personnes qui leur sont liées – y compris les fournisseurs agissant pour le compte de l’organisation. La mise en place de canaux de signalement accessibles aux tiers fait partie des mesures de prévention raisonnables pouvant être invoquées à titre de défense.

La loi britannique de 2015 sur l’esclavage moderne (Modern Slavery Act 2015) impose aux organisations concernées de rendre compte des mesures prises pour lutter contre l’esclavage et la traite des êtres humains au sein de leurs chaînes d’approvisionnement. La mise en place d’un système de signalement anonyme à l’intention des fournisseurs renforce le dispositif de détection qui sous-tend ces engagements. Les nouvelles exigences en matière de diligence raisonnable dans la chaîne d’approvisionnement au niveau de l’Union européenne – notamment les évolutions découlant de la directive sur le reporting extra-financier des entreprises – étendent ces attentes à un éventail plus large d’organisations.

Dans le secteur des services financiers, les règles de la FCA relatives aux fautes non financières (PS25/23), finalisées en décembre 2025 et entrées en vigueur en septembre 2026, s’appliquent à environ 37 000 entreprises non bancaires. Les attentes en matière de conduite s’étendent aux relations avec les tiers, ce qui renforce la nécessité de disposer de canaux de signalement accessibles au-delà du personnel direct.

Concevoir un canal adapté aux fournisseurs

L'extension de l'accès aux rapports aux fournisseurs nécessite une conception mûrement réfléchie. Un canal interne destiné aux employés n'est pas automatiquement accessible ni adapté à une utilisation par des tiers. Les éléments à prendre en compte spécifiquement pour les rapports destinés aux fournisseurs sont les suivants :

  • Accessibilité sans authentification : les fournisseurs doivent pouvoir accéder à la plateforme sans avoir besoin d'un identifiant d'employé ni d'un accès au système interne
  • Langue et géographie – les chaînes d'approvisionnement s'étendent souvent sur plusieurs pays et impliquent plusieurs langues ; un canal accessible uniquement en anglais ou uniquement au Royaume-Uni n'est pas véritablement ouvert à tous les fournisseurs
  • Des indications claires sur le champ d'application : les fournisseurs doivent comprendre quels types de signalements ce canal est destiné à recevoir et ce qui se passera une fois qu'ils auront signalé un problème
  • Un anonymat véritable : les fournisseurs s'exposent à des risques tant commerciaux que personnels s'ils sont identifiés ; la plateforme doit garantir un anonymat crédible, en tenant compte du déséquilibre de pouvoir inhérent à la relation acheteur-fournisseur.
  • Fonctionnement indépendant – un canal géré directement par l'organisme acheteur engendre un conflit d'intérêts évident ; l'indépendance revêt une importance encore plus grande dans le cadre des rapports établis par des tiers que dans celui des rapports établis par les salariés

Communiquer sur le canal aux partenaires de la chaîne d'approvisionnement

La mise en place d'un canal adapté ne représente que la moitié du travail. Les fournisseurs n'utiliseront pas un canal de signalement dont ils ignorent l'existence ou qu'ils ne comprennent pas. La communication relative à ce canal doit figurer dans la documentation d'intégration des fournisseurs, dans les contrats d'approvisionnement et dans les codes de conduite des fournisseurs. Des rappels périodiques, associés aux bilans de la relation avec les fournisseurs ou aux communications relatives à la conformité, permettent de maintenir la sensibilisation au fil du temps.

La communication doit indiquer clairement à quoi sert ce canal, qui le gère, quelles protections s'appliquent à ceux qui l'utilisent et quels engagements l'organisation prend en matière de suivi. Les fournisseurs qui comprennent ce qui se passera après avoir signalé un problème seront plus enclins à utiliser ce canal lorsqu'ils constateront une situation qui le justifie.

Protection des fournisseurs qui signalent des irrégularités

Les protections juridiques dont bénéficient les lanceurs d’alerte dans le cadre du droit du travail britannique ne s’étendent pas automatiquement aux relations avec les fournisseurs. Les salariés des fournisseurs peuvent bénéficier de leurs propres protections en vertu de la loi de 1994 sur la divulgation d’informations d’intérêt public (Public Interest Disclosure Act 1994) ou de la loi de 2025 sur les droits du travail (Employment Rights Act 2025) s’ils procèdent à une divulgation protégée, mais ces protections s’appliquent à l’encontre de leur propre employeur, et non de l’organisme acheteur.

Ce que l'organisme acheteur peut faire, c'est s'engager, tant sur le plan contractuel que dans le cadre de sa politique, à ne pas prendre de mesures commerciales à l'encontre d'un fournisseur à la suite d'une préoccupation soulevée de bonne foi. L'intégration d'engagements de non-représailles dans les contrats avec les fournisseurs, ainsi que leur communication claire, offre une protection concrète que la loi à elle seule ne fournit pas.

Le rôle d'un fournisseur de canaux indépendant

Un canal de signalement géré en externe est particulièrement bien adapté aux signalements concernant des tiers et la chaîne d'approvisionnement. Il élimine le conflit d'intérêts inhérent à un canal géré par l'acheteur, garantit une véritable indépendance à la personne qui effectue le signalement et peut être conçu pour traiter, de manière standard, les signalements multilingues et transfrontaliers.

Safecall propose des services de signalement aux organisations opérant au Royaume-Uni et à l'international, avec une couverture dans plus de 150 pays et une prise en charge de plus de 175 langues. Tous les opérateurs sont d’anciens agents de police britanniques possédant au moins 25 ans d’expérience en matière d’entretiens – soit plus de 800 ans d’expertise cumulée – et les appels ne sont jamais enregistrés, ce qui garantit l’anonymat de toute personne effectuant un signalement, qu’il s’agisse d’un salarié, d’un prestataire ou d’un fournisseur. Pour les organisations souhaitant étendre leurs programmes de signalement au-delà de leur personnel direct, cette fonctionnalité est incluse dans l’offre de base.

Ressources connexes

Sécurité et anonymat dans le cadre du lancement d'alerte – safecall.co.uk/resources/whistleblowing-security-anonymity/

Comment fonctionnent les lignes d'assistance anonymes pour les sous-traitants et les chaînes d'approvisionnement ? – safecall.co.uk/resources/how-do-anonymous-hotlines-work-for-contractors-and-supply-chains/

Conformité mondiale en matière de dénonciation – safecall.co.uk/resources/global-whistleblowing-compliance/

Comment les canaux de signalement numériques peuvent-ils aider les équipes travaillant à distance et à l'international ? – safecall.co.uk/resources/how-can-digital-reporting-channels-support-remote-and-international-teams/

Contactez Safecall

Safecall propose des services indépendants de signalement aux organisations au Royaume-Uni et à l'international, notamment un accès multilingue et multicanal destiné aux signalants tiers et aux acteurs de la chaîne d'approvisionnement. Si vous souhaitez étendre votre programme de signalement au-delà de votre personnel direct, nous pouvons vous aider à concevoir un canal adapté à votre chaîne d'approvisionnement.

Contactez-nous : safecall.co.uk/en/contact-us/ | +44 (0) 191 516 7720

Sources et lectures complémentaires

Rapport « Report to the Nations » 2024 de l'ACFE – Association of Certified Fraud Examiners

Loi de 2023 sur la criminalité économique et la transparence des entreprises – legislation.gov.uk

Loi de 2015 sur l'esclavage moderne – legislation.gov.uk

Règles de la FCA PS25/23 relatives aux fautes non financières – fca.org.uk

Loi de 1994 sur la divulgation d'informations d'intérêt public – legislation.gov.uk

Loi de 2025 sur les droits du travail – legislation.gov.uk