Comment les organisations doivent-elles réagir face à des signalements anonymes de fraude ?

Recevoir des signalements anonymes de fraude peut donner l'impression à une organisation qu'on lui confie un problème sans lui proposer de solution claire pour le résoudre.

Il n’y a pas de nom à vérifier, pas de visage à associer à cette préoccupation, et cela peut entraîner des conséquences potentiellement graves si l’affaire est mal gérée, que ce soit en agissant trop rapidement ou pas assez rapidement. Pourtant, l’intérêt des signalements anonymes concernant la fraude est largement reconnu.

Selon le rapport « Report to the Nations » 2024 de l’ACFE, 43 % des cas de fraude sont détectés grâce à des signalements, soit plus de trois fois plus que par toute autre méthode de détection. Les organisations disposant de canaux de signalement anonymes enregistrent des pertes liées à la fraude en moyenne 50 % inférieures à celles des organisations qui n’en disposent pas. Le défi ne consiste pas à déterminer s’il faut prendre au sérieux les signalements anonymes, mais à savoir comment y répondre de manière proportionnée, protectrice et juridiquement valable.

Pourquoi la manière dont on traite les signalements anonymes est importante

Les signalements anonymes soulèvent un ensemble particulier de considérations opérationnelles et juridiques. La personne qui effectue le signalement a choisi de ne pas se faire connaître, souvent parce qu’elle craint des représailles, doute que des mesures soient prises ou n’est pas certaine que ce dont elle a été témoin soit réellement répréhensible. Cette décision de signaler de manière anonyme doit être respectée tout au long du processus, et pas seulement au moment de la réception du signalement.

Une gestion inadéquate d’un signalement peut causer un préjudice réel : à l’auteur du signalement si son identité est révélée par inadvertance, à l’organisation si l’affaire prend de l’ampleur sans documentation appropriée, et aux collègues si une enquête est menée sans le soin nécessaire. De même, écarter ou ne pas accorder la priorité à un signalement anonyme au motif qu’il n’est pas accompagné d’un nom constitue à la fois un risque de non-conformité – en particulier au regard de la loi de 2023 sur la criminalité économique et la transparence des entreprises, qui impose un contrôle accru en cas de manquement à l’obligation de prévention de la fraude – et un risque opérationnel, puisque l’allégation ne disparaît pas simplement parce qu’elle n’a pas été prise en compte.

Étape 1 – Enregistrer et accuser réception du rapport

Tout signalement anonyme doit être officiellement enregistré dès sa réception, quel que soit le moyen utilisé pour le transmettre – qu’il s’agisse d’une ligne téléphonique dédiée, d’un portail en ligne ou d’un support écrit. L’enregistrement doit mentionner la date et l’heure de réception, le canal utilisé, un résumé de l’allégation, ainsi que tout élément contextuel fourni par l’auteur du signalement.

Si le canal de signalement permet une communication bidirectionnelle tout en préservant l’anonymat – comme devrait le faire un portail numérique ou une ligne d’assistance téléphonique bien conçus –, l’organisation doit accuser réception du signalement. Cela ne nécessite pas de connaître l’identité du signalant. Il s’agit simplement d’indiquer que le signalement a bien été reçu et qu’il est en cours d’examen. Cette étape est importante : elle encourage les signalants à rester impliqués et à fournir des informations supplémentaires si nécessaire, sans pour autant les obliger à révéler leur identité.

Étape 2 – Évaluation de la crédibilité et triage

Toutes les signalements anonymes ne font pas nécessairement état d'une fraude en cours, et tous ne donnent pas lieu à une intervention. L'étape suivante consiste à examiner le contenu du signalement et à déterminer s'il justifie la poursuite d'une action.

Les questions clés à ce stade sont notamment les suivantes :

  • Ce rapport contient-il des détails précis et vérifiables – noms, dates, montants, opérations – ou est-il vague et général ?
  • Le comportement présumé correspond-il aux domaines à risque connus au sein de l'organisation ou du secteur ?
  • Ce rapport corrobore-t-il ou concorde-t-il avec d'autres renseignements déjà en notre possession ?
  • Existe-t-il des motifs suffisants pour procéder à un examen préliminaire sans en avertir la personne concernée ?

La décision de triage doit être consignée par écrit. Lorsqu'un signalement est jugé peu crédible ou hors du champ d'application, la justification doit être clairement consignée, car il pourra s'avérer nécessaire de la réexaminer ultérieurement si les circonstances évoluent.

Étape 3 – Préserver l'anonymat tout au long du processus

La protection de l’anonymat du lanceur d’alerte n’est pas seulement une bonne pratique : dans de nombreux cas, il s’agit d’une obligation légale. En vertu de la loi de 1994 sur la divulgation d’informations d’intérêt public (Public Interest Disclosure Act 1994), les salariés qui effectuent des divulgations éligibles ont droit à une protection contre tout préjudice. La loi de 2025 sur les droits du travail (Employment Rights Act 2025), dont la première phase de mise en œuvre a débuté en avril 2026, inclut explicitement le harcèlement sexuel parmi les catégories de divulgations protégées et renforce la responsabilité des employeurs.

Concrètement, protéger l’anonymat implique de limiter le nombre de personnes ayant accès au signalement, de veiller à ce qu’aucune enquête ne réduise par inadvertance le cercle des sources potentielles, et d’éviter toute démarche d’enquête qui, par élimination, permettrait d’identifier l’auteur du signalement. Lorsque le canal de signalement est une ligne d’assistance téléphonique, il convient de noter que certains opérateurs n’enregistrent pas les appels – un choix technique qui élimine le risque d’identification vocale ou de conservation de données biométriques et qui peut constituer un facteur important lors de l’évaluation de l’adéquation du canal.

Tous les documents écrits ou numériques liés à cette affaire doivent être conservés en toute sécurité, leur accès étant réservé aux personnes directement impliquées dans l'examen du dossier.

Étape 4 – Mener une enquête proportionnée

Lorsqu'un signalement atteint le seuil justifiant l'ouverture d'une enquête, la portée et la méthode de celle-ci doivent être proportionnées à la gravité des faits allégués. Un signalement faisant état d'une seule demande de remboursement irrégulière nécessite une approche différente de celle requise par un signalement alléguant une fraude systématique en matière de marchés publics.

Il est important de bien distinguer ce qui relève des capacités internes de l'organisation et ce qui nécessite le recours à des professionnels externes. La gestion interne des dossiers permet de prendre en charge les aspects liés à la documentation, au déroulement et à la communication dans le cadre d'une enquête pour fraude ; toutefois, lorsque les allégations sont graves, impliquent des cadres supérieurs ou comportent un risque juridique, il convient d'envisager séparément le recours à des services d'enquête professionnels et de les mandater en conséquence.

Tout au long de l'enquête, le dossier doit être tenu avec soin. Selon les données de l'ACFE pour 2024, la durée médiane d'un cas de fraude avant sa détection était de 12 mois, avec une perte médiane de 145 000 dollars. Une intervention précoce et structurée – fondée sur un signalement anonyme crédible – est systématiquement associée à des pertes moins importantes et à une résolution plus rapide.

Étape 5 – Boucler la boucle

La clôture d'un dossier de fraude anonyme nécessite le même soin que son ouverture. Lorsque l'enquête aboutit sans qu'aucune infraction grave ne soit constatée, ce résultat doit être consigné et le dossier officiellement clos. Lorsque le signalement donne lieu à des mesures – qu'elles soient disciplinaires, juridiques ou procédurales –, la manière dont ces mesures sont mises en œuvre ne doit pas, par inadvertance, permettre à la personne concernée d'identifier l'auteur du signalement.

Dans les canaux permettant une communication bidirectionnelle anonyme, il est recommandé d’informer l’auteur du signalement du résultat en termes généraux, sans révéler les détails des mesures prises. Cela montre que l’organisation prend les signalements au sérieux et encourage les signalements futurs. Les données du rapport de référence Safecall 2024 montrent que les canaux téléphoniques génèrent 22,7 % de signalants identifiés en plus que les canaux écrits – un chiffre qui reflète la dynamique de confiance à l’œuvre. Les signalants qui ont le sentiment que leur préoccupation sera traitée de manière professionnelle sont plus enclins à s’impliquer davantage.

Une fois le cas traité, l'organisation doit examiner si le risque de fraude identifié révèle une lacune plus générale dans les contrôles et si des modifications des politiques ou des processus s'imposent. Les cas individuels mettent souvent en évidence des vulnérabilités systémiques qui, si elles ne sont pas corrigées, exposent davantage l'organisation à des risques.

Le rôle d'un canal de signalement externe

Les organisations qui acheminent les signalements anonymes via un canal indépendant géré en externe bénéficient d’un avantage structurel dans ce processus. Un prestataire externe peut recevoir, enregistrer et trier les signalements en conservant une distance par rapport à la direction interne qu’il est difficile de reproduire en interne, ce qui réduit le risque de divulgation involontaire et fournit un compte rendu neutre de la manière dont un signalement a été traité.

Depuis 1999, Safecall propose des services indépendants d’alerte professionnelle à des organisations au Royaume-Uni et à l’international. Tous les opérateurs sont d’anciens agents de police britanniques, chacun disposant d’au moins 25 ans d’expérience en matière d’entretiens, et leur expertise cumulée s’élève à plus de 800 ans pour chaque interaction. Les signalements sont traités avec la rigueur et l’objectivité qu’exigent des allégations complexes et sensibles – sans enregistrement audio, afin de préserver l’anonymat du lanceur d’alerte et d’éliminer tout risque lié aux données biométriques. Lorsqu’une enquête formelle s’avère nécessaire, il s’agit d’un service professionnel distinct, mandaté en fonction des circonstances.

Ressources connexes

Sécurité et anonymat dans le cadre du lancement d'alerte – safecall.co.uk/resources/whistleblowing-security-anonymity/

Gestion des dossiers d'enquête – safecall.co.uk/resources/investigation-case-management/

Comment un logiciel de suivi des signalements garantit-il la confidentialité ? – safecall.co.uk/resources/how-does-whistleblower-case-tracking-software-ensure-confidentiality/

Comment la gestion numérique des dossiers peut-elle rationaliser les enquêtes ? – safecall.co.uk/resources/how-can-digital-case-management-streamline-investigations/

Contactez Safecall

Safecall propose des lignes d'alerte indépendantes et des services de signalement aux organisations au Royaume-Uni et à l'international. Si vous examinez actuellement la manière dont votre organisation traite les signalements anonymes de fraude, notre équipe peut vous aider à évaluer votre approche actuelle et à identifier les domaines dans lesquels un accompagnement indépendant peut apporter une valeur ajoutée.

Contactez-nous : safecall.co.uk/en/contact-us/ | +44 (0) 191 516 7720

Sources et lectures complémentaires

ACFE, Rapport aux nations 2024 – Association des experts certifiés en fraude (ACFE)

Rapport comparatif Safecall 2024 – safecall.co.uk

Loi de 2023 sur la criminalité économique et la transparence des entreprises – legislation.gov.uk

Loi de 1994 sur la divulgation d'informations d'intérêt public – legislation.gov.uk

Loi de 2025 sur les droits du travail – legislation.gov.uk